mercredi 30 mars 2011

Leica se mobilise pour le Japon


Qui peut oublier ce séisme du 11 mars dernier qui frappa si violemment le Japon ? Ces images illustrant ces rivages et ces visages défigurés et débités par cette force naturelle, resteront à jamais gravées. Elles ont inondé la presse. Elles étaient pour nous, qui étions bien assis dans notre fauteuil, un choc violent ! Une gifle. La nature aime le rappeler : nous ne sommes rien à côté d'elle.

En quelques heures d'analyse, le Japon pouvait, d'après les économistes et la froideur de la calculette, se relever des répercussions du tsunami. Mais ceux et celles qui ont été frappés pourront-ils se relever du séisme? Combien de membres de leur famille, de leurs amis, de leurs proches, de leurs collègues, de leurs voisins ont été ensevelis? Et leurs biens, ce qu'ils ont construit au long de leur vie ou ce qu'ils construisaient ou voulaient construire? Qu'est-ce qu'il en reste? De la poussière enfuie sous les boues, prisonnière de la moisissure. Rien ni personne ne pourra les extraire. Rien ni personne ne pourra leur redonner l'espoir de vivre. Les victimes devront se reconstruire par elles-mêmes. Elles sont seules!
Devons-nous demeurer impassibles? Jamais! Nous ne pouvons pas fermer nos yeux. Fermer ses yeux invite le néant à nous habiter.

Et nos yeux, nous devons les laisser ouverts, car rien n'est terminé. Nous sommes dans les prémices d'une catastrophe mondiale et majeure. Quelques heures après la vague, les experts clamaient que les risques d'une catastrophe nucléaire étaient minimes, que tout était maîtrisé. Les techniciens de TEPCO (Tokyo Electric Power), géraient l'incident au réacteur nucléaire de la centrale de Fukushima. Le discours à répétition sonnait haut et fort. Les techniciens et ingénieurs nippons et la technologie américaine pouvaient faire face à ce type de séisme. tout était calculé, calibré. La froideur de la calculette faisait son oeuvre.

20 jours après la vague, les 4 réacteurs sont dans un état plus que désastreux. Perte radioactive par les airs, fonte entraînant des infiltrations dans le sous-sol, eau de mer contaminée. Les experts de TEPCO ne savent plus vers qui se tourner. Ils font appel à leurs homologues français. Constructeurs de la centrale, les Américains sont prudents. Le discours ne se veut pas alarmiste. Il sonne faux. Les experts de TEPCO se trompent et sont rappelés à l'ordre par le gouvernement japonais. Ce gouvernement qui ne sait pas quoi dire pour dédramatiser l'incident. Il assure que TEPCO indemnisera les victimes. A quelle hauteur? Quand? Comment? Quel tri sera opéré par TEPCO pour diminuer ses pertes financières?


Les pompiers et les travailleurs du site sont mal équipés. Leurs conditions de travail sont désastreuses. Rien n'était préparé. Pire TEPCO a refusé de refroidir directement ses réacteurs avec de l'eau de mer, car cet acte signait la fin de ces derniers. Les travailleurs sont une nouvelle fois victimes de l'avidité des actionnaires.
La nature est bien là pour nous rappeler que nous ne pouvons rien contre elle. L'homme est-il capable de se rappeler ses erreurs ? Bien entendu que non ! L'Histoire nous le remémore tout aussi régulièrement que mère nature.

Tepco se réfugiera sûrement derrière la législation nippone qui prévoit à l'instar de la convention sur la responsabilité civile dans le domaine de l’énergie nucléaire, dite «Convention de Paris», d’«unifier les règles applicables dans les différents pays à la responsabilité découlant des dommages causés par un accident nucléaire» et d’«assurer une réparation adéquate et équitable aux personnes victimes» de ces dommages. L'article 9 précise que «l’exploitant n’est pas responsable des dommages causés par un accident nucléaire si cet accident est dû directement», et sauf disposition contraire de la législation nationale, «à des cataclysmes naturels de caractère exceptionnel». 18 pays ont signé la Convention de Paris. Pas le Japon certes, mais sa législation comporte des articles similaires.

TEPCO a été avertie bien avant le séisme que sa centrale construite par l'américain General Electric posait divers problèmes graves. En 2000, la NISA (Agence japonaise de sûreté nucléaire) avait signalé des problèmes de fissures sur l'enveloppe des réacteurs. Par la suite, la NISA avait signalé des problèmes de corrosion des groupes électrogènes. TEPCO, pour des raisons financières n'a jamais réalisé des réparations durables. Pire, le poids du lobby est tel que la NISA a autorisé, en février dernier, l'autorisation de prolonger de 10 ans l'exploitation de la centrale de Fukushima. D'après un article du Monde daté du 24 mars 2011, la NISA aurait limité ses critiques en considérant que le coût de remplacement d’un réacteur dépassait de beaucoup celui de l’allongement de son usage.

L'impunité est la force des lobbys. Celui du nucléaire est bien protégé. La bagarre juridique, si elle a lieu, se ferra sûrement entre l'État japonais et TEPCO. Qui en seront une nouvelle fois les victimes ?

Peu après le tsunami, le journal Le Monde a demandé au photographe japonais Hisahi Murayama, de couvrir l'évènement. Il l'a fait avec tout son talent. Je ne veux rien dire à sa place. Son interview sur le blog de Leica est parlante. Ses mots traduisent parfaitement ses photos. Ou l'inverse. Leica se mobilise et travaille en ce sens avec la Croix rouge nippone. Faut-il donner ? La bonne réponse vient de Hisahi Murayama qui, à la question sur le type d'aide que nous pouvons apporter, a répondu :
« Je pense que les gens peuvent contribuer de différentes manières en fonction de leur situation. Ils peuvent le faire en faisant un don d'argent ou de produits ou bien en aidant comme bénévole dans la région dévastée ou vous pouvez envoyer beaucoup de prières. Je crois qu'il est important de ne pas laisser cet événement juste être quelque chose qui s'est passé de l'autre côté du monde. Sympathiser simplement avec les victimes pourrait être d'une grande aide...»

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