
La photokina 2008 vient de fermer ses portes et laisse derrière elle des nouveautés dont certaines sont dignes de faire monter l'eau à la bouche. Inutile ici de faire un bilan en brossant le nouvel inventaire marque par marque, mais seulement de relater le bonheur que certaines innovations m'ont suscité.
C'est l'entreprise de Solms qui, d'un avis tout personnel et dans le même temps c'est ma préférée, a créé l'évènement. Leica, que certains dissent moribond, au bord du gouffre et dont, paraît-il, sa tombe se creuse lentement mais sûrement depuis ces dernières années, offre une (des) panoplie(s) de nouveautés.
Coté M, je laisse la mise à jour du M8, pas parce que cela m'intéresse pas, que du contraire, mais simplement parce que tout le monde en parle. Je n'insiste pas sur les 4 nouveaux cailloux, dont 3 grands-angles, les 21 et 24 mm f1.4 et le 24mm f3.8 dont ce dernier serait proposé, pour Leica, à un prix très démocratique et un 50mm f 0.95 qui fait de lui l'objectif le plus lumineux du marché. Je ne parlerai pas de leur projecteur Pradovit digital full HD de 1400 lumens monté avec un Vario Elmarit f2.8-3.1 33-42mm. Je passe sous silence leurs 2 compacts réalisés conjointement avec Panasonic, mais profitant d'un firmeware élaboré par les ingénieurs allemands et d'un design plus affiné. Non, rien de tout cela, mais seulement de cette bombe, cette chose, ce paquet de dynamite qu'est leur tout nouveau, tout beau, rasé et épuré DSLR, le bien nommé Leica S.
Coup de génie, Leica est parti du même principe que celui qui a animé en 1905, l'inventeur du M, l'ingénieur en chef de chez Leitz, Oskar Barnack, l'homme qui a révolutionné la photo. Son idée était simple, comme toutes les grandes idées. Sachant que la pellicule enregistre l'image, pourquoi ne pas prendre une bande de films cinématographiques 35mm, de construire un boîtier autour et d'y ajouter un superbe objectif 50mm offrant une image 2:3, quasi identique au champ de vision humain. C'est bête comme chou. Là où les autres s'obstinaient à essayer de placer un plan-film dans un châssis lourd et encombrant, tenant un immense objectif, Barnack fit le contraire. C'est le film qui capture la photo, donc tout doit s'articuler autour de ce dernier. Et 1905 fut le tournant de la photographie.
Dommage qu'il ait fallu attendre 1924 pour sa commercialisation. Imaginez les reportages durant, par exemple, la Première Guerre mondiale avec ce petit bijou qu'était le Leica-UR ou M0.
Et que fait Leica aujourd'hui ? Il applique le même principe, mais avec un capteur. Et pas n'importe lequel, un capteur fabriqué par Kodak de 37, 5 mégapixels et d'une taille de 30 sur 45 mm, donc, la dimension d'un moyen format. Il ne reste plus qu'a l'accouplé au nouveau processeur d'image double-cœur conçu par Fujitsu appelé “Maestro” et de construire une coque métallisée et tropicalisée pour le protéger. L'appareil devient plus compact que ses concurrents 35 mm. Dans la foulée, Leica lance une toute nouvelle gamme d'objectifs spécialement pour leur nouveau-né. Et voilà l'agonisante firme allemande qui va à nouveau ouvrir les portes du futur de la photographie numérique en dépassant dans la qualité et l'ingéniosité des produits proposés par ses rivaux ; ceux-là mêmes qui s'obstinent depuis des années à placer difficilement un capteur full frame dans une boîte en plastique. Pour une firme que l'on disait morte
En ce qui concerne l'appareil moyen format professionnel développé conjointement par Fuji et Cosina, et dont vous trouverez ICI images et description, son nom est le FUJIFILM GF670. Il ne sera en vente qu'au Japon. L'offre et la demande étant la base du marché, gage qu'un nombre élevé de commandes auprès des distributeurs le fera rentrer dans la vitrine des vendeurs.
Mais, si la modernité se rencontre chez Leica, que Fuji et Kodak (avec l'Ektar 100) continuent à innover doucement dans la photographie argentique, la palme de l'anticonformisme revient à la Lomography society international, qui sous le titre “The future is analogue” a monté une exposition mondiale de 100.000 photos argentiques, expérimentales, lunatiques ou banales, résultats créés par les lomographes du monde entier.
Des experts lomographes ont animé des ateliers sur la dernière photo analogique et la technologie des caméras Lomo. Le succès auprès du public jeune et moins jeune a été remporté.
Cela prouve que la photographie a toujours cette ouverture, ce parfum de fraîcheur et que tout reste à faire. Mais, selon de nombreux "savant et connaisseurs de la photo actuelle" ayant pignon sur le net, qui dit photographie argentique dit photographie nostalgique. Et, c'est souvent les mêmes qui ont besoin, par manque de connaissances techniques et de culture photographique, recourir à leurs reflex qui réfléchi à leur place pour créer une photo. De plus en plus, sur la toile et dans certaines revues photo, se trouvent des tutoriels expliquant comment transformer le fichier binaire en une image "comme à l'ancienne". A l'aide de plug-in du docteur photoshop, il est aisé de convertir des images numériques en style Holga, Polaroide... De muer l'élément informatique aux milliers de couleurs en une copie se voulant "à la manière d'une Tri X et autre HP5", comme le logiciel DxO filmpack de très mauvais goût. ou encore comme dans la panoplie des gadgets d'appareils numériques. On se demande qui est le nostalgique.
Le numérique a ouvert de nouveaux horizons et c'est eux qu'il faille avant tout explorer. Le principe de "faire du vieux avec du jeune" ne me plaît guère, ça tourne en rond, ça n'avance pas, ça ne mène à rien.
Les mondes, analogique et numérique, peuvent, savent et même doivent vivre conjointement. L'un n'est ni meilleur que l'autre. Simplement différent. Chanter la fin de l'argentique est le même air entendu au 19e siècle du côté des peintres ayant abandonné leurs pinceaux pour la plaque humide. Et plus tard, lors de l'avènement de la photographie couleur, l'inchangée chanson retentit. Pourtant, l'arrivée de la photographie a été un tremplin pour l'art pictural. Si la peinture a dépassé ses lettres de noblesse, c'est en partie grâce à la venue de l'image fixe, tout comme pour la photographie noir & blanc qui a pris les siennes en profitant de l'émergence de la couleur. Les trois mondes, peinture, photo noir & blanc et photo couleur ont, après s'être secouées, suivi leur chemin et fort heureusement ont continué à se développer et à s'enseigner. A l'instar des écoles d'art, les écoles de photographie, doivent poursuivre, à côté de l'enseignement du numérique, la transmission des techniques de la photographie argentique ancestrale et actuelle et leurs principes chimiques. La prise de vue et le laboratoire photographique argentique ont un rôle de laboratoire pédagogique du seul fait que le processus du maniement de la lumière se fait de bout en bout de la chaîne. La connaissance d'un logiciel comme Photoshop en devient plus aisée, car à sa base, il a été créé par des photographes pour des photographes. Il s'agit ici d'offrir aux étudiants en photographie, futur (entre autres) de l'image fixe, la possibilité de comprendre, de connaître, de distinguer, de sélectionner, de manipuler au mieux les différents outils qu'ils ont à leur portée dans l'élaboration de leurs travaux. On a le droit de savoir, de choisir et d'user. Question de principe.
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